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26 Avril 1963 et 26 Avril 1986 : 2 dates qui ont tristement marqué l’histoire d’Haiti, entre l’oubli et l’impunité !

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Ce texte publié sur le site de Haïti standard émane de l’un de nos lecteurs. Il n’engage que son auteur animé du désir de partager ses idées et réflexions avec les lecteurs et lectrices de Haïti standard.

26 Avril 1963, vers 8 heures du matin, une attaque fut orchestrée sur la route contre le cortège qui conduisait la famille du Président François Duvalier dit PAPA DOC, en l’occurrence Simone O. Duvalier et Jean-Claude Duvalier, respectivement femme et fils du chef de l’État, sous la protection de quatre (4) hommes en vert olive, en direction du Collège Bird.

C’était une journée qui s’annonçait noire tenant compte de la fameuse déclaration de Duvalier :
« Si on continuait à ramener mes enfants, la nuit serait rouge ». Et, comme promis, c’était une journée ensanglantée.

Comme pour toute attaque visant à déstabiliser la présidence dans un régime autoritaire, il fallait trouver une échappatoire pour contre-attaquer. Et voilà, on allait accuser certains militaires de tentative de kidnapping. Spécialement la famille Benoît a été indexée. L’annonce de cette nouvelle sur les ondes est apparue comme un séisme de forte magnitude ; car, il a fallu quelques minutes après l’annonce pour constater les fracas de toute une armada que constituent les sbires du pouvoir à savoir les VSN (Volontaires de la sécurité nationale) ayant pour mission de traquer toute personne ou famille soupçonnée directement dans cette tentative de kidnapping sur le cortège.

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François BENOIT qui était Lieutenant de l’armée, sa famille fut la principale cible, et ceci à tort, puisque le vrai auteur était Clément Barbot. Car on racontait que le pauvre Benoît n’était même pas au pays ce jour là. Mais quand même, il a été qualifié d’auteur intellectuel, donc il aurait téléguidé l’attaque selon les proches du régime. Dès lors, un vaste mouvement de répression fut lancé contre cette famille. La maison familiale au Bois Verna fut incendiée, et l’un des péchés mortels dont on ait pu être coupable, c’est d’avoir eu même un prénom “BENOIT”.

À titre d’exemple, Benoit Armand, coupable de son prénom, a été liquidé. On a exterminé la quasi totalité de cette famille et on se souvient pendant longtemps de la cruauté caractérisant cette contre attaque. Oui, une contre attaque car c’était une injuste réplique non mesurée contre cette famille.

À telle enseigne que l’on a balancé un enfant de dix-huit (18) mois qu’on l’a repris d’une baïonnette. C’était de la pure sauvagerie, de la barbarie incommensurable, de l’inhumain tout simplement.

26 Avril 1986. Deux (2) mois après la chute de ce régime qualifié de sanguinaire, une marche pacifique fut organisée en l’honneur des victimes du 26 avril 1963 et aussi pour fêter la défaite de ce régime. Arrivés face à la prison de Fort Dimanche aux environs de 1 heure PM, des militaires ont ouvert le feu sur la foule, les manifestants sont dispersés et le bilan en ce jour était de 10 morts environ.

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Grâce au Comité de commémoration du 26 avril 1963 de 2013, une liste des concernés non exhaustive, contient jusqu’à présent 73 noms, dont plusieurs militaires et haut-gradés et leur famille s’y retrouvent. Ces événements ont forcé des centaines d’Haïtiens à prendre l’exil pour sauver leur peau. C’était le début d’une fuite de cerveaux sans précédent dans l’histoire du pays à propos de laquelle, l’historien Jimmy Jean a d’ailleurs, fait un travail intéressant.

Depuis lors, où en sommes-nous ? Ces victimes directes ou par ricochet n’ont-elles pas droit à une réparation, à une justice ?

Faut-il continuer avec cette injuste tendance de chez nous que les morts ont toujours tort ? Sachant que l’impunité débouche toujours sur un cycle de violence, faut-il continuer sur cette voie macabre ?

Cinquante-quatre (54) ans après, les criminels ne sont-ils pas toujours dans les rues ? À quand la jouissance des droits de victimes cités dans la déclaration des principes fondamentaux de justice relatifs aux victimes de la criminalité et aux victimes d’abus de pouvoir, adoptée le 29 novembre 1985 par l’ONU ?

Si pour beaucoup, cette date marque le vrai visage de cette dictature, pour d’autres, elle constitue une marque indélébile. Que justice leur soit rendue!

Port-au-Prince, le 26 avril 2017 et repris le dimanche 26 Avril 2020.

James LOUIS, Historien Juriste et Etudiant en Théologie