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À qui sera la couronne ?

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Depuis plus d’une décennie, on entend souvent cette phrase dans les concours de beauté [et d’intelligence]. Ce genre de ballade (comme dirait JJ Roosevelt) a pour vertu de mettre en valeur la potentialité et la compétence des jeunes.  Ces concours [en Haïti] tendraient à vendre au monde entier une autre image de Haïti.

Alors je nous demande, qui pour cette fois, remportera la couronne ? Et non, je ne suis plus en colère, et ce, parce que Damael D’Haïti l’a déjà remportée, au tour de ce jeune dernier, sans compter les dernières scènes qui ont laissé l’intelligentsia haïtienne perplexe, au point de voir la justice demander justice. Non, je ne suis plus en colère, je suis quelque part entre colère, rébellion et désobéissance civile. Je pose encore cette question, qui sera le prochain ? Un membre de la diaspora qui aurait voulu regagner son pays après trente ans d’absence, un investisseur, une jeune enfant dans la voiture de son père assassinée ? Evidemment, ce concours est sans assistance de jury, il mobilise une armada mortuaire qui peste sur l’avenir en le tuant dans l’œuf tout en prétextant être une victime de la société.

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A qui serait la couronne mortuaire ?

Telle une situation de guerre totale personne n’est à l’abri. Ici et pour certains la mort est un amalgame, ce fléau emporte ceux qui condamnent la violence au nom d’une éducation porteuse de changement, on dépose sur ces jeunes la lourde couronne mortuaire qui traduirait tous les maux d’un peuple en perte de sens et d‘essence. Lourde est la tête qui porte la couronne, dira-t-on, mais ici sans faire appel à nos de cujus, on sait que cette tête n’existe plus pour celui qui nous dirige, et n’est plus pour ceux et celles qui sont tombé(e)s pour avoir été des innocents.

Impuissante, indignée et très fatiguée, je me trouve face à un paradoxe existentiel, dois-je fuir ma terre de naissance pour vivre ou y rester pour s’éteindre à jamais comme ce furent les cas de Jean Dominique, Legagneur, M. SAE, M. Monferrier DORVAL et consorts. Serait-ce un crime contre mon humanité de rester sans rien faire, sinon par un texte lâchement rédigé pour protester contre ce concours honteux qui dépose le deuil dans le cœur de la population haïtienne.

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Mesdames, Messieurs les Décideurs de la mort en Haïti, je vous rappelle que même en enfer il y a de l’ordre car chacun aura à payer pour ces propres péchés, aussi, je m’amuse à croire qu’il y a un ordre dans tout ce bazar. Ainsi, à défaut de me plaindre à l’Etat haïtien qui est dans tous ses états d’effondrement avec des rêveries pour des élections en vue de la sélection d’une nouvelle catégorie d’hommes qui auront pour tâche de pérenniser ce statut quo, je vous demanderai de bien vouloir me communiquer la date de mon couronnement en vue de la préparation de mes obsèques. Car n’ayant point décider de fuir, je pense déjà à ma mort, non pas pour l’avoir souhaité, mais par anticipation, et je ne voudrais pas être grossière mais je vous souhaite toute la justice du monde car un jour et pourquoi pas demain, l’histoire trouvera nos assassins.

Cordialement en colère.

05/10/2020

Cassandre NOEL-FILS

Master en Droit public Général