Core group, le mal aimé ?

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Une interrogation du fonctionnement de certains pays membres du Core group, au cours de ces derniers temps.

La crise qui s’installe dans la région (Haïti et Venezuela) semble diviser le Core group. Pour preuve, des pays, à travers leur ambassade, qui s’exprimaient au moyen de cette structure ad hoc, ont commencé à communiquer chacun de son côté. Tel est le cas de la France, du Canada et des États-unis.

L’ambassadeur de France accrédité en Haïti, José Gomez a rencontré, le 10 mai 2019, des représentants de plusieurs organisations de défense des droits humains fonctionnant dans le pays. Le diplomate en a profité pour émettre son opinion sur divers sujets d’actualité dont le dossier PetroCaribe qu’il a qualifié d’ « intolérable abus commis au détriment du peuple haïtien ».

L’ambassade du Canada à Port-au-Prince a émis, le 12 juin 2019, sa position sur la crise haïtienne. Elle a appelé à un « dialogue ouvert et inclusif ». Aussi, l’ambassade a-t-elle reconnu le droit des Citoyens à s’exprimer sur divers enjeux de la vie nationale dont « les difficultés économiques, les demandes de transparence, la reddition de compte dans l’affaire PetroCaribe et la lutte contre la corruption ».

Dans la même lignée, le département d’État américain a baissé le niveau d’alerte sur Haïti à 3. Lors des émeutes de février 2019, le niveau était à 4. 

S’il est vrai que les pays et organisations internationales sont souverains en matère de politique étrangère, il est aussi inabituel dans le panorama diplomatique haïtien de voir les membres du « Core group » font cavaliers seuls et surtout dans des directions opposées.

C’est quoi le Core group ?

Le Core group (composé du Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies, les ambassadeurs d’Allemagne, du Brésil, du Canada, de la France, des Etats-unis d’Amérique et les représentants de l’Espagne, de l’Organisation des États américains (OEA) et de l’Union européenne) est l’ensemble des membres de la communauté internationale en Haïti. Au fil des ans, il y a eu des changements mais la base reste identique. 

Deux (2) pays de l’Europe, l’Union européenne, l’Organisation des États américains, les États-unis et un géant de la région, le Brésil et la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), à ce jour, est etonnement muette en dépit du fait que tous les quatre (4) points de son mandat sont concernés par l’actualité haïtienne. Voir le mandat ici > https://minujusth.unmissions.org/mandat

Après le saccage de la salle de séance du Sénat de la République par les quatre (4) sénateurs de l’opposition, afin de boycotter la séance portant sur la ratification de la politique générale du premier ministre nommé Jean Michel Lapin, le 30 mai 2019, le Core group avait illico condamné cette action orchestrée par les sénateurs ci-haut cités.

Des parlementaires, hommes politiques et organisations de la société civile ont critiqué la réaction du Core group. Selon eux, ce dernier n’a rien dit sur les récents évènements malheureux qui se sont produits dans le pays dont les « massacres » de La Saline et de Carrefour-feuilles, la publication du 2e rapport d’audit du fonds PetroCaribe par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA) et l’insécurité qui sévit dans le pays.

Serait-on au bord de l’éclatement du Core group? Qu’est-ce qui pourrait justifier la prise de position unilatérale des pays qui se disent amis d’Haïti? Nous ne sommes pas encore arrivés à cet éclatement, du moins il n’est pas officiel. 

Port-au-Prince, le 13 juin 2019

Michel Antoine

Journaliste/juriste

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