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Coronavirus: Entre amateurisme et insouciance « on espère que le bon Dieu bon nous délivre »

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Coronavirus: Entre amateurisme et insouciance « on espère que le bon Dieu bon nous délivre ».

Par: Mike Kervin Joseph

S’il est un fait de voir dans le monde des mutations au sein des sociétés humaines, il paraît que la nôtre est incapable de sortir de ses vices, des contours et aussi des idées expliquant son mal fonctionnement depuis plus de deux siècles.

Les aléas naturels qui se sont confrontés à notre population depuis le XXème siècle, ont été assez nombreux. Représentés par des cyclones, des épidémies pour la plupart, ils ont tous emporté dans nos rangs des soldats que nous ne reverrons plus jamais.
Mais, toujours est-il que nous reproduisons à quelques nuances près, les mêmes stratégies de survie, car Dieu a combattu et combattra toujours pour nous ( la nouvelle Israël ).

Je viens de soulever ici la réplique par excellence de bon nombres de nos compatriotes qui, malgré de nombreuses expériences douloureuses dûes aux événements du passé, restent accrochés encore aux explications magico-religieuses en tenant leur rôle de messagers d’un quelconque être suprême. Ces derniers sont si attachés qu’ils oublient la notion du réel et l’importance de la raison. D’ailleurs, pourquoi faire une quelconque gymnastique intellectuelle si toutes les réponses sont dans ( Jean, Genèse, Mathieu, Exode, ou dans les Psaumes de David).

Le rapport de l’être haïtien aux sentiments religieux est très complexe. Pour en analyser une infime partie, il faudrait des multiples travaux qui se heurteront assez souvent aux manques de résonance de leurs résultats dans les milieux mêmes où ils ont été réalisés.

Est-ce dire que les secteurs où ces sentiments religieux sont présents se suffisent à eux même? Sans nul doute, si l’on s’en tient à l’entêtement de beaucoup de religieux à ne pas respecter le confinement décrété par ce qui, malheureusement, fait figure de Gouvernement ici chez nous.

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Pourtant, on peut constater que dans l’évolution d’autres sociétés humaines, la science s’est substituée à la foi par la force et a fini par servir de moyen non d’opposabilité aux divins mais plutôt de gestion efficace de la vie dans la cité. Tandis qu’ici chez nous, nous demeurons une société anhistorique au sens d’Alain Touraine. Autrement dit, une société encline aux mêmes rapports d’enchantement depuis plus de deux siècles, où fort souvent règne l’amateurisme dans l’exercice du pouvoir politique.

Nos autorités, déjà incapables de fermer réellement nos frontières, de stopper le transport en commun, de faire respecter le confinement, mettent à la disposition des Mairies des citernes d’eau qui sont en ce moment même placés dans des points focaux de chaque zone. Cette stratégie est à mon sens une aberration, elle se révèle être une nouvelle invitation aux pratiques de piscine créole ( car Wash ) qui se faisaient pendant l’été. À cet effet, l’emplacement de ces citernes dans des quartiers populeux de la région métropolitaine, font de ces dernières des espaces de rencontres entre des gens, qui certes vont se laver les mains, mais retourneront se frotter et se parler nez à nez dans les secondes après.

Outre cela, la population haïtienne subit encore l’amateurisme de nos décideurs, qui au lieu de renflouer les comptes des administrations communales, auraient pu augmenter le nombre de lits pouvant recevoir les malades et accompagner davantage les professionnels de la santé.
Car face à ce virus, l’idéal serait de renforcer les capacités sanitaires du pays.

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Ces considérations étant faites, il convient de faire un survol sur l’élément juridique consacrant cet état particulier de confinement. En effet, il nous faut dans la même lignée que le professeur Guerby Blaise, rappeler l’absence de sanction dans l’arrêté du 19 Mars 2020, rendant ainsi illégale certaines utilisations de la force coercitive.
Ce qui ne fait que confirmer le fait que nous sommes dirigés par des amateurs.

Ceci dit, face à l’incapacité de ce que nous appelons « nos dirigeants » par faute de mieux à faire face à la pandémie, il est évident que nous sommes livrés à nous mêmes et que notre seul bouclier est de respecter au mieux les consignes diffusées par les autorités sanitaires et espérer, pour ceux qui ne les respecteront pas, que le bon Dieu bon fera cette fois son travail. Tout en leur rappelant que parmi les victimes du Choléra, du 12 Janvier, du Cyclone Georges, de l’ouragan Hazel, entre autres, beaucoup de ceux qui sont morts se disaient eux aussi être des soldats du Christ.

En fin de compte, je ne peux que vous conseiller de rester chez vous, en dépit du contexte socio-économique qui sévit dans le pays et l’incapacité des ménages à y faire face.
Dans l’attente d’une autre réponse de nos dirigeants qui, comme à l’accoutumée, sera sans doute non appropriée aux urgences de l’heure, restons chez nous et continuons d’exiger beaucoup plus de rationalité de la part des autorités haïtiennes.

Mike kervin Joseph.

Enseignant/ Maitrisant en Anthropologie Sociale/ Licencié en Droit/ Formation Continue en Économie Sociale et Solidaire, Décentralisation et Développement Local/
Diplômé de l’EMA/ Secrétaire de rédaction de Haïti Standard.