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ÉCONOMIE: L’insécurité, un obstacle majeur au développement d’Haïti

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En guise d’introduction

Le 20 juillet 2020, le gouvernement lève l’état d’urgence sanitaire qui avait été décrété dans le pays depuis le 19 mars à la suite de la découverte de deux cas d’infection à la COVID-19. De nombreuses entreprises rouvrent leur portes, le transport en commun reprend ses droits et la population haïtienne peut vaquer de nouveau librement à ses occupations. Les bandits aussi. Depuis quelques mois, la situation sécuritaire d’Haïti s’est gravement détériorée.

Selon le secrétaire général de l’ONU, entre le 1er juin et le 31 août, il y a eu plus de 300 victimes d’homicides volontaires et pas moins d’une trentaine de cas d’enlèvement dans le pays.

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Ces chiffres officielles témoignent du climat de sécurité qui sévit en Haïti. Un climat qui n’est pas sans conséquence sur l’économie du pays qui se voulait être émergent d’ici 2030.

Insécurité et croissance économique

L’insécurité désigne le sentiment fait d’anxiété ou de peur que peut ressentir un individu ou une collectivité par rapport à ce qui peut advenir. En ce sens, le climat d’insécurité peut être défini par le sentiment de peur et d’inquiétude que connait une communauté dans son ensemble durant une période donnée, se référant notamment aux homicides et actes de violences, aux émeutes, incendies volontaires, viols et enlèvements. L’insécurité a souvent été négligée par les économistes qui jugeaient qu’elle était beaucoup plus liée aux sciences politiques qu’aux sciences économiques.

Pourtant, la question de sécurité devrait être au cœur des débats économiques, surtout dans les pays en voie de développement. Ce sont généralement les pays les moins sécuritaires qui sont les plus pauvres. Ainsi, la Somalie, la République Démocratique du Congo ou encore la République Centrafricaine qui sont sujettes à des conflits armés et qui connaissent un climat sécuritaire très précaire ne font pas exception à la règle.
L’insécurité constitue souvent un frein à la croissance économique.

L’économiste français Francois Perroux, définit la croissance économique comme une augmentation pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de dimension (généralement le Produit Intérieur Brut) calculé en termes réels.

Selon lui, cette croissance économique devrait entrainer le développement. Le Produit Intérieur Brut (PIB) est l’ensemble des valeurs ajoutées sur la production de biens et de services dans une économie au cours d’une période donnée. Cette production est assurée par les divers activités économiques des acteurs sur le marché. Ainsi, un ralentissement de ces activités économiques entrainera une baisse de la production de ces biens et services qui à leur tour freineront la croissance économique et par conséquent, le développement.

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En ce sens, il revient à l’Etat, dans ses fonctions régaliennes de garantir la sécurité des personnes et aussi celle des biens et services. La création d’un climat de sécurité et de sérénité devient une obligation car il permettra aux divers acteurs économiques de vaquer librement à leurs occupations et leurs interactions sur le marché conduira à la croissance et au développement économique.

L’insécurité, un phénomène dévastateur pour l’économie haïtienne

Haïti qui est souvent considérée comme le pays le plus pauvre de l’Amérique connait depuis déjà plusieurs années un climat d’insécurité économiquement dévastateur. L’une des principales conséquences de ce climat d’insécurité est le ralentissement des activités économiques. Les consommateurs, ayant peur de fréquenter certaines zones, ou qui simplement ont peur de sortir le soir vont diminuer leur consommation. Or, cette diminution de la consommation va forcer les producteurs à baisser leur production pour garantir un certain équilibre sur le marché. Or, moins il y aura de production de biens et de services, moins il y aura de croissance économique.

Le niveau d’insécurité dans le pays ternie aussi son image au niveau international. Le pays est souvent classé parmi ceux qu’il ne faut pas visiter, diminuant ainsi l’arrivée des touristes. Le secteur touristique constitue l’une des principales activité économique dans la région des Caraïbes et Haïti est l’un des rares pays à ne pas pouvoir en profiter pleinement. Seulement 485 000 touristes de séjour ont visité le pays pour l’année 2018 contre 4,75 millions pour Cuba ou encore 6,5 millions pour la République Dominicaine.
Un autre aspect qui est peut-être le plus important est la peur d’investir dans le pays.

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Les faiblesses de nos compagnies d’assurance et les forts taux d’intérêts proposés par les banques commerciales sont autant d’obstacles aux investissements. Les risques d’investir et de perdre la totalité de ses investissement en l’espace de quelques minutes à cause de l’insécurité sont assez élevés et créent chez les acteurs économiques la peur d’investir et ceux qui investissent tentent par tous les moyens de rentabiliser leurs investissement dans les plus courts délais possibles. Cela occasionne des prix généralement plus élevés que sur les marchés étrangers ou encore des taux d’intérêts exorbitants. Les pays pauvres comme Haïti ont besoin de beaucoup d’investissements pour se développer, et cette crainte d’investir pénalise terriblement le pays. Ce n’est pas une coïncidence qu’Haïti s’est retrouvée parmi les dix pays les moins attrayant aux investissements (182ème place sur 190 pays) dans le rapport Doing Business de 2019 de la Banque Mondiale.

En guise de conclusion

Depuis plusieurs décennies, Haïti n’a connu que peu de périodes d’accalmie sur le point sécuritaire. Si durant ces quelques périodes, le pays a su profiter pour connaitre des taux de croissance souvent supérieur à 2% (2,3% en 2006 et 3,3% en 2007 et 2,9% 2009 et environ 2.7% durant la période de 2011-2016 où malgré les tensions politiques la situation sécuritaire était restée à un niveau acceptable), le taux a plongé en 2019 (une année où le climat de sécurité s’était globalement détérioré) pour atteindre 0,1% et les prévisions de 2,4% prévues par le budget de 2020/2021 semblent peu réalistes.

Ainsi d’une manière générale, Haïti n’arrive pas à soutenir un taux de croissance élevé de son PIB sur une période relativement longue et cela en grande partie à cause du climat d’insécurité. Aussi, l’Etat haïtien doit prendre ses responsabilités afin de créer un climat de sécurité pour que les agents économiques du pays puissent prospérer. Dans le cas contraire, le pays ne connaitra jamais la croissance économique tant souhaitée et nos enfants ainsi que leurs enfants risqueront, tout comme nous, de ne connaitre ce qu’est un pays développé que lors des voyages à l’étranger.

Saïd Suire.