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Lettre ouverte au ministre de la jeunesse, des sports et de l’action civique, Max Attis

À : Monsieur Max Attis
Ministre de la jeunesse, des sports et de l’action civique
En ses Bureaux.-

Objet : lettre ouverte

Référence : article du journal « The Guardian », média britannique, au sujet d’abus sexuels reprochés au président de la Fédération haïtienne de football (FHF), paru le 30 avril 2020.

Monsieur le ministre,

L’Alliance des Organisations de défense, de promotion et de protection des droits de la personne, regroupant les organismes : Justice et solidarité (JS), Action universelle des droits et libertés (Act’UDL), Organisation pour le soutien de l’enfance et les vies (OSEVI), Òganizasyon limyè nan lavi fanm (OLLAF), Action concertée pour la promotion et la défense des droits humains (ACPRODDH), Observatoire haïtien des droits humains (OHDH) et l’Association nationale des juristes haïtiens (ANAJUH) a réalisé une lecture minutieuse de la dénonciation faite à travers cet article du journal britannique « The Guardian « , paru en date du 30 avril de l’année en cours, imputant au président de la FHF les faits d’abus sexuels sur les personnes des athlètes, pour la plupart mineures, se trouvant au Centre technique de la FIFA à la Croix-des-Bouquets.

En effet, l’Alliance s’est indignée d’apprendre que ces actes subversifs, contraires à la morale, l’éthique et aux bonnes mœurs, auraient été imposés aux filles sous peine d’être renvoyées du centre et sous certaines promesses fallacieuses d’échange d’avantage qui constituait déjà des prérogatives et des acquis mis en place par l’État haïtien et la FIFA, au profit des jeunes filles qui, pour en avoir accès, seraient violées, humiliées, détournées de leurs valeurs féminines certaines, par des autorités ayant cette obligation de protection et de garantie des droits de ces athlètes.

L’Alliance en a pris acte et du coup, interpelle votre administration, Monsieur le ministre, au fait de cesser de banaliser et manifester cet état de déni par rapport à des situations de crises sérieuses qui sont à même de décrédibiliser l’institution footballistique haïtienne.

Monsieur le ministre, plus d’un pense que votre silence de trop expose à la société haïtienne et au monde du football féminin en particulier, l’augure dévalorisante, avilissante, d’un chantage subversif dont le respect des droits à la dignité, à l’intégrité physique, les droits à la non discrimination, à la non-violence attachés aux femmes et aux filles ne veulent rien dire pour le gouvernement dont vous partagez le portefeuille du Ministère qui contrôle la FHF. Votre laxisme est tellement complice que l’article en question est paru depuis le 30 avril 2020, la FHF a eu le temps de réagir pour essayer gratuitement de blanchir et d’innocenter M. Jean Bart avec tant de subjectivité, et que, jusqu’à date, sauf erreur, aucun résultat d’enquête n’a été donnée. Tandis que la communauté nationale et internationale attend encore, sous sa grande soif, de la lumière sur ce scandale étant de nature à préjudicier tant la carrière des athlètes féminines que la réputation morale du Président de la FHF, épinglé dans cette affaire d’abus sexuels et détournement de mineurs.

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Monsieur le ministre, il est fort avéré que la complicité du gouvernement haïtien reste à défendre dans la mesure où la sonnette d’alarmes autour de ces scandales n’est pas tirée pour la première fois, sous un silence incompréhensible et amer des autorités. En effet, depuis des années, des présomptions de corruption, de malversations, de détournements, d’élections truquées et frauduleuses, entre autres, ont à tort et à raison été dénoncées par des intéressé-e-s de tout horizon. Sauf erreur, rien n’a été fait pour que, à la lumière des enquêtes objectives, soient prises des décisions qui s’imposent.

Aujourd’hui encore, nous sommes en présence d’un scandale qui serait de trop pour ajouter à celui de la crise sociopolitique, de la crise liée à la COVID-19 qui sembleraient dépasser l’aptitude de l’Administration Moïse/Jouthe à gérer dans l’intérêt du bien-être des Haïtiennes et Haitiens, selon l’avis de plus d’un. Ainsi, l’Alliance et d’autres organisations nationales et internationales, avangardistes de la société civile, ne sauraient rester inertes face à ces violations des droits fondamentaux de la personne humaine.

Nos voix s’élèvent et s’élèveront pour dénoncer et dire NON à ce déni qui est à même d’élargir davantage la voie à toutes formes de discrimination, de violations, de violences faites aux femmes et aux filles, de stigmatisations perpétrées par des malfrats d’État.

Voilà pourquoi, l’Alliance se joint à d’autres citoyens et citoyennes, à d’autres organisations nationales et internationales de défense des droits humains, et de la société civile, effectivement intéressés par la question de justiciabilité et de juridicité des droits humains en Haïti, pour exiger de votre gouvernement :

1- La diligence sans délai d’une enquête administrative autour de cette affaire ;

2- La mise à l’écart de M. Yves Jean Bart à la tête de la FHF pour tout le temps que durera l’enquête administrative ;

3- La garantie des droits du concerné à un procès équitable, à toutes les phases de la procédure ;

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3- La collaboration effective des autorités du Ministère de la jeunesse, des sports et de l’action civique (MJSAC) avec les autorités judiciaires à l’effet de fournir au besoin tous éléments généralement quelconque utiles à faire de la lumière dans le cadre de cette affaire ;

4- Une assistance psychologique, morale et sociale aux athlètes en internat au Centre technique de la FIFA en Haïti et à celles évoluant à l’étranger qui seraient concernées par cette affaire ;

6- La transparence inconditionnelle du gouvernement et de la justice haïtienne durant le cours de la justiciabilisation des droits fondamentaux des athlètes indistinctement.

Monsieur le ministre, l’Alliance vous rappelle qu’Haïti est partie des conventions spéciales consacrant le respect et la garantie des droits de l’enfance, des mineur-e-s, des femmes et filles, notamment à travers :

  • La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, du 18 décembre 1979 ;

  • La Convention relative aux droits de l’enfant du 20 novembre 1989 ;

  • Le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant, concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants, dans la résolution 54/263 du 25 mai 2000 et entrée en vigueur le 18 janvier 2002 ;

Il est aussi dit à travers les instruments internationaux relatifs aux droits humains, les lois nationales et internationales que les victimes de violations des droits humains peuvent saisir les instances, les rapporteurs spéciaux, les juridictions et les non-juridictions internationales, au cas où le gouvernement de l’État en question confirme cette volonté de déni, de stigmat et de mépris vis-à-vis de leurs (les victimes) causes légitimes.

Ainsi, les organisations de l’Alliance, ainsi préoccupées, sont disposées à suivre activement et minutieusement cette affaire du déclenchement jusqu’à l’aboutissement de l’enquête qui sera obligatoirement et objectivement diligentée. Aussi, se réservent-elles le droit d’accompagner les victimes par devant les juridictions, les non-juridictions tant nationales qu’internationales.

Me Ebens Exantus / Directeur exécutif Justice et solidarité -JS

Me Abel Louissaint / Président de L’Act’UDL

Me Berrick Estidore / Président OSEVI

Me Marita Charlot / Coordinatrice OLLAF

Me Jean Ronel Sistanis / Coordonateur, a.i. de l’OHDH

Me Friztnel Joasil / Coordonateur ACPRODDH

Me Emmanuel JEAN / Président de l’ ANAJUH

Texte envoyé à la rédaction de Haïti standard, le 11 mai 2020.