Home Société Le transhumanisme, une nouvelle conception de l’être humain ?

Le transhumanisme, une nouvelle conception de l’être humain ?

Par Nicolas Roubenson, étudiant à l'Université d'État d'Haïti 

« Nous entrons dans la société de l’amélioration. Une société où l’aspiration à améliorer, optimiser, rehausser, augmenter, perfectionner l’être humain et ses performances par le biais des avancées technoscientifiques et biomédicales devient omniprésente (Le Dévédec Nicolas, la société de l’amélioration, p. 1) ». Pour arriver à cette nouvelle société, l’être humain, depuis son apparition sur la terre, a dû se perfectionner, évoluer, et surtout, développer son intelligence. « L’intelligence, nous dit Laurent Alexandre, est le moyen dont l’humanité a été pourvue par l’évolution darwinienne pour survivre dans un environnement hostile ». Peu à peu, l’être humain a développé ses capacités physiques et intellectuelles, il a créé la culture, et ensuite, il a créé la science. Ainsi, au cours de  son évolution, le XVIIe et le XVIIIe siècle marquent un tournant majeur dans le développement de l’histoire de la pensée humaine, en particulier la pensée occidentale. Les découvertes scientifiques, ainsi que les pensées véhiculées par les savants et philosophes de ces deux siècles, surtout le XVIIe siècle, ont permis la définition d’un projet d’une nouvelle société et d’un nouvel homme. Les révolutions scientifiques amorcées depuis ces deux siècles, et plus récemment, les révolutions des NBIC (Nanotechnologie, Biotechnologie, Informatique et sciences Cognitives) ont permis l’émergence de nouveaux courants de pensée dont le transhumanisme. 

Le transhumanisme se situe dans le sillage de la société de l’amélioration, il constitue par là, une nouvelle approche de la spécificité humaine, qui tend vers une « amélioration » ou une « augmentation » de l’être humain. Plus exactement, qu’est-ce que c’est le transhumanisme ? Qu’est ce qui a pu provoquer l’émergence d’un tel courant de pensée dans la société ?  Est-ce une rupture radicale de la conception de l’être humain telle que nous l’avons connue jusque-là ? Nous allons d’abord faire une historicité du transhumanisme, tout en présentant des définitions du phénomène pour savoir de quoi il en est et d’où il vient, nous verrons ensuite des éléments qui ont permis son émergence, ainsi nous l'aborderons en rapport avec les Lumières, le christianisme et les développements technologiques pour donner une réponse ces questions. 

Petite histoire du transhumanisme

D’entrée de jeu, «le transhumanisme est né en Californie à la fin des années 1980. S’il est possible d’identifier des précurseurs, le mouvement lui-même et son contenu idéologique ne se sont constitués que sous l’impulsion du britannique Max More et du suédois Nick Bostrom ». Originellement, ce courant de pensée a pris naissance en occident. Il serait alors, selon Franck Damour, constitué de deux pôles : un pôle californien qui regroupe des patrons d'industrie et la Singularity University, et un pôle britannique avec Nick Bostrom responsable du Future of Humanity Institute à l'université d'Oxford.

L’un des initiateurs de ce mouvement, Nick Bostrom, le définit comme un mouvement intellectuel et culturel qui défend le projet et affirme la possibilité d’augmenter de façon fondamentale la condition humaine à travers les nouvelles technologies (N. Bostrom, cité Franck Damour, 2017). Plus spécifiquement, « le transhumanisme cherche à promouvoir l' augmentation du potentiel physique et intellectuel de l'humain par le biais de multiples innovations technologiques utilisées en convergence, comme la génétique, la nanotechnologie et l'intelligence artificielle. Son objectif final est la transcendance de la condition humaine afin d'atteindre, à terme, l'état posthumain » (Frédéric Cassiani-Laurin, 2018, p. 3). Le transhumanisme est ainsi très proche du posthumanisme au point d'apparaître certaines fois comme des synonymes, cependant, ils ne sont pas les mêmes choses. « Le posthumanisme, représente le mouvement idéologique contemporain visant l'atteinte d'un état « posthumain ». L'être posthumain se caractérise principalement par son état « post-biologique » ou « post-darwinien », c'est-à-dire qu'il n'est plus sujet aux contraintes « naturelles » des êtres humains ordinaires (la maladie, la vieillesse, la mort, les émotions négatives, les limitations cognitives, etc. » (ibid.). Ainsi, le transhumanisme serait une période de transition, avant l’atteinte du stade posthumain.

Le transhumanisme est ce courant de pensée contemporain qui aspire à l'immortalité biologique, et rêve d'augmenter les capacités physiques et intellectuelles des humains via les innovations technologiques, en particulier les NBIC. Il a les soutiens des scientifiques et des entrepreneurs tels que : Marvin Minsky, Ray Kurzweil, Peter Thiel, Larry Page, Sergueï Brin, Nick Bostrom, Nicholas Agar, John Harris, Elon Musk etc. Ainsi, des grands scientifiques et des milliards ne cessent de dépenser temps et argent pour les recherches visant à permettre un développement de plus en plus rapide de l’intelligence artificielle, l’un des éléments permettant l’atteinte de l’être transhumain, et à terme, posthumain. Ne serait-ce que pour cette raison, Laurent Alexandre nous dit à propos des NBIC, « les NBIC sont en en réalité, de plus en plus, une seule science, dont les volets sont interdépendants : la science du XXIe siècle structurée autours du réseau Internet et de l’Intelligence Artificielle ». Donc, la question de l’IA est consubstantielle au projet transhumaniste.

Aussi, « mobilisant une conception de la nature humaine marquée du sceau de l’imperfection, les transhumanistes pensent en effet l’idée de perfectibilité sur fond d’une dévalorisation complète de l’être humain et de son corps. Pour les transhumanistes, résume très bien Jean Claude-Guillebaud, « le biologique témoignerait d'une « infirmité » dont il faudrait s'émanciper au plus vite » (Le Dévédec Nicolas, op. cit. p. 262).

En outre, « le terme a été utilisé pour la première fois par le biologiste américain Julian Huxley (frère du romancier Aldous Huxley) en 1957 dans un texte où il appelait à croire à cette transcendance possible de l’humain pour accéder à un «nouveau type d’existence ». D’autre part, d’autres penseurs disent que « les premières manifestations de ce courant de pensée remontent au début des années 1980, bien que l’adjectif « transhumaniste » ait déjà été utilisé en 1966 par le futuriste américano-perse Fereidoun M. Esfandiary, alors qu’il enseignait à la New School of Social Research de New York, ainsi que dans les ouvrages d’Abraham Maslow, Toward a Psychology of Being (1968), et de Robert Ettinger, Man into Superman  (1972) ».  De plus, issu de la cyberculture américaine des années 1980, le mouvement  transhumaniste compte parmi les plus ardents défenseurs d’un humain augmenté. Officialisé par la création en 1998 de la World Transhumanist Association (WTA), rebaptisée en 2008 Humanity+ (…) (Nicolas Le Dévédec et Fany Guis, l’humain augmenté, un enjeu social, 2012, p. 69).

En plus, depuis son apparition, le mouvement compte plusieurs variantes, parmi lesquelles : posthumanisme, techno-progressisme, singularitarisme etc. 

Toutefois, il faut préciser que les idées transhumanistes ne sont pas accueillies par tous les intellectuels, les entrepreneurs, les scientifiques, ou le simple commun des mortels de la même façon. Certains voient des avantages énormes pour les humains et la société en générale, d’autres doute, et il y en a ceux qui sont farouchement opposés. Francis Fukuyama a pu déclarer que « le transhumanisme est l’idée la plus dangereuse du monde », ce à quoi Ronald Bailey a répondu que « c’est au contraire, le mouvement qui incarne les aspirations les plus audacieuses, courageuses, imaginatives et idéalistes de l’humanité ». D’autre part, un des défenseurs de ce mouvement, Elon Musk a appelé à une modération dans le développement des nouvelles technologies, et a même déclaré que l’IA (Intelligence Artificielle) peut détruire le monde. Alors que d’autres, comme Ray Kurzweil, en appellent à un développement rapide et sans pause. Alors, l’intérêt pour la chose est persistant, pour reprendre les mots de Frédéric Cassiani-Laurin. Mais, qu’est-ce qui a provoqué l’émergence d’un tel mouvement ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre dans la section suivante.

Le transhumanisme et les idéaux des Lumières

D’abord, Serge Morin et Nguyen Vinh-De ont distingué trois formes du discours anthropologique : le religieux, le scientifique, et le philosophique. Les discours anthropologiques sont des manières particulières de concevoir l’être humain, sa condition, ses rapports à la nature, au surnaturel, à ses semblables, ainsi que des traits qui le distinguent des êtres non humains. Aussi, « Les conceptions anthropologiques répondent à un besoin essentiel des êtres humains, celui de se connaître et de trouver un fondement à leur action (Serge Morin et Nguyen Vinh-De, l’être humain. Thème et conception, p.3). Nous nous intéressons ici, principalement aux conceptions philosophiques de l’être humain. 

Nombreux sont les philosophes qui ont développé une conception de la spécificité de l’être humain. Fondamentalement, la différence entre l’homme et l'animal semble se situer au niveau de la conscience que ce dernier n’en possède pas. Mais, les points de vue des philosophes sont allés beaucoup plus loin. Ainsi, pour Jean Jacques Rousseau, l’être humain est essentiellement un être perfectible. «  La perfectibilité est la faculté par laquelle l’être humain peut se libérer d’une façon d’agir, d’une manière de vivre, pour en adopter une autre (…) En dépit du sens courant du terme, qui renvoie à l’idée d’une amélioration, la perfectibilité est pour Rousseau une faculté neutre grâce à laquelle l’être humain peut changer son mode de vie ou d’action pour le meilleur comme pour le pire » (ibid. p. 33). 

D’un autre côté, plus radicalement, pour Sartre, «  ce qui est premier chez l’être humain c’est son existence, c’est le fait brut de sa présence dans le monde. Pour l’être humain seulement, l’existence précède l’essence (…) L’homme se fait l’inventeur de lui-même, par conséquent, il est responsable de ses actes, de son être, et ne peut invoquer aucune excuse pour se justifier » (ibid.). L’homme peut donc faire tout ce qu’il veut, même modifier ou se redéfinir comme il l’entend, puisqu’il n’existe pas de nature humaine prédéfinie. 

Par ailleurs, dans les rapports entre transhumanisme et humaniste, Le Dévédec, nous dit :

L’idée selon laquelle le transhumanisme prolongerait la tradition humaniste de l’homme perfectible sous-entend aussi l’histoire du transhumanisme relatée par Nick Bostrom. Pic de la Mirandole y est ainsi présenté comme le héraut de l’être plus qu’humain que le mouvement appelle de ses vœux. L’idéal d’un être entièrement revu et corrigé par la technique tirerait directement sa source de la figure de l’homme artisan de lui-même, sculpteur de sa propre nature, promue par le jeune florentin. Bostrom souligne aussi l’apport majeur de Condorcet, de Kant et de bien d’autres figures centrales de la philosophie des Lumières.

Nous pouvons dès lors comprendre que les idéaux transhumanistes s’inspirent des idéaux prônés par les philosophes, en particulier les Lumières. Étant perfectible, l’être humain peut être amélioré, le transhumanisme avec sa théorie de « l’humain augmenté » permet effectivement une amélioration, voire une augmentation de l’être humain grâce à l’application des nouvelles technologies. Fort de cela, nous pouvons citer le cycliste américain Lance Armstrong et l’athlète sud-africain Oscar Pistorius comme des exemples parfaits.

D’un autre côté, le transhumanisme ne semble heurter à aucun problème lié à une définition d’une nature humaine spécifique, puisque celle-ci n’est pas définie. Alors, l’homme peut s’inventer et se réinventer autant qu’il le souhaite. 

Après avoir vu les rapports entre le transhumanisme et les Lumières, dans une certaine mesure, l’humanisme, même si nous n’avons pas épuisé toutes les idées prônées par ces derniers. Dans la section suivante, nous allons l’aborder en rapport avec le christianisme pour tenter de retrouver d’autres conditions de son émergence. 

Le transhumanisme et le christianisme

Plusieurs auteurs définissent le transhumanisme comme un mouvement religieux ou d’ascendance religieuse ou encore comme une hérésie. Déjà, le titre de l’article de Franck Damour en dit long, « le transhumanisme, une idée chrétienne devenue folle ? », dans cet article, l’auteur tend à aborder les rapports entre les deux, il présente diverses définitions du mouvement. Ainsi pour certains, quoi qu'il repose sur une dimension fondamentalement libérale, le transhumanisme est une idéologie religieuse. Il puise ses inspirations de certains penseurs jésuites et philosophes tels : Pierre Teilhard de Chardin, Nicolas Fedorov. De plus, l'un des maîtres à penser du courant, Julian Huxley le définit comme une "religion sans révélation". Des sociologues américains le voient également comme un courant religieux ou parareligieux. Pour d'autres penseurs, c'est une idéologie athée ou un mouvement hybride reposant sur des motifs religieux et séculiers, ou encore pour Antonio Casilli, c'est une version technicisée du New âge. Il serait une gnose ou une secte qui regroupe des scientifiques qui jouent à Dieu pour d'autres observateurs. Tout de même, Franck Damour a pu trouver des convergences eschatologiques entre les deux, bien que leur rupture soit d’ordre anthropologique.

Frédéric Cassiani-Laurin dans son mémoire de maîtrise intitulé, « La singularité transhumaniste comme mythe eschatologique contemporain : l’utopie technologique en tant qu’achèvement du projet moderne », dans lequel il présente le discours transhumaniste en abordant particulièrement l’approche singularitariste de Ray Kurzweil (1948-), aborde d’un autre côté le transhumanisme comme un mouvement profondément religieux qui serait impossible en dehors des schèmes de pensée chrétienne, capitaliste, libérale et surtout, occidentale. Pour lui, le transhumanisme est à la fois imprégné du christianisme et du mouvement des Lumières tout en constituant leur négation. 

À la question, « le christianisme est-il une réponse au transhumanisme et aux dérives de l’intelligence artificielle ? », l’écrivain Véronique Lévy répond : « Les promoteurs de l’intelligence artificielle redoutent la mort. Ils espérèrent l’immortalité car ils ne croient pas en l’éternité. Ils développent des programmes pour tenter de faire vivre des cellules plus longtemps car ils ne supportent pas la vulnérabilité. La force du christianisme est d’accepter nos fragilités et la mort (…) ». Le transhumanisme semble être une manifestation de l’incapacité de l’homme à accepter la mort, et recours à tous les moyens pour la vaincre. Pourtant :

En dépit des différences considérables avec le programme chrétien, on ne peut s'empêcher de penser que la promesse chrétienne n'est pas étrangère à l'idée d'une amélioration de l'humanité, faisant écho au concept théologique de transfiguration. On peut également songer à la prédication de saint Paul qui déclare, au sujet de la mort: « Le dernier ennemi détruit, c'est la Mort » (1 Co 15, 26). Certes, l'espérance chrétienne ne saurait se réduire à une « techno-utopie », mais elle annonce aussi une certaine transfiguration de l'humanité, une transgression de la loi qui impose à tout vivant de mourir et un dépassement des limites matérielles, toutes choses que le Christ a inaugurées au matin de Pâques.

Il ne fait aucun doute que transhumanisme et christianisme ont des rapports très étroits. S’ils s’accordent sur certains points, ils sont en profond désaccords sur d’autres. Mais, il reste un fait que le transhumanisme puise une grande partie de ses aspirations du christianisme. Par ailleurs, sans un développement scientifique considérable, il serait peut-être impossible de parler de transhumanisme. 

Le transhumanisme et la technologie

Le monde a connu plusieurs révolutions technologiques et économiques, plus spécifiquement, il a connu trois grandes en deux siècles selon Laurent Alexandre. Une première de 1770 à 1850, la seconde de 1870 à 1910, et la troisième a débuté dans les années 2000, marquée notamment par l’arrivée des NBIC. Ces nouvelles technologies qui ne cessent de bouleverser la vie humaine. Depuis l’invention de la machine à vapeur, pour arriver aux NBIC, l’être humain ne cesse d’innover. Ainsi, ces nouvelles technologies et surtout l’intelligence artificielle nourrissent de plus en plus les promesses du transhumanisme.

Aussi, les idéaux relatifs à « l’homme nouveau » véhiculés par le transhumanisme, n’aurait pas été possible sans la pensée cybernétique dont Norbert Wiener fut le fondateur. Ainsi, avec Norbert Wiener, pour qui les distinctions entre le vivant et l’artificiel sont à dépasser, commencent la formalisation et l’informatisation de l’individu. L’association de l’homme à la machine génère ensuite la matrice du posthumain. La cybernétique, par sa nouvelle approche du rapport entre l’humain et la machine, a déjà posé les jalons de ce qui deviendra par la suite, le transhumanisme.

De surcroît, le transhumanisme en appelle toujours à un développement de plus en plus continu des nouvelles technologies. Dans la foulée, Laurent Alexandre écrit : « à partir de 2035, l’éducation deviendra une branche de la médecine, utilisant les immenses ressources des neuroscience pour personnaliser d’abord la transmission et optimiser ensuite bio électroniquement l’intelligence », Il continue en ces mots « vers 2080, l’avènement d’un monde dominé par l’IA que nous avons créé, mais qui pourrait nous échapper, tendra à fusionner les êtres humains et l’intelligence ».  Nous irons vers un monde où l'intelligence artificielle se chargera même du destin de l’humanité. 

Par ailleurs, nul ne saurait nier les avancées déjà réalisées au niveau des NBIC, ainsi que les « augmentations » déjà réalisées chez certains animaux. Jean-Marc Moschetta écrit:

Déjà, des études biologiques  rapportent des exemples de manipulations génétiques consistant à greffer des morceaux de code génétique humain sur le code génétique de la souris dans le but d’améliorer sa capacité à réaliser certains tests d’intelligence (par exemple résoudre un labyrinthe). On parle alors d’augmentation de l’animal et certains auteurs se demandent si, puisque l’on peut s’affranchir des limites de l’homme, on ne pourrait pas également s’affranchir des limites de l’animal afin de lui attribuer des capacités étendues.

Les progrès technologiques semblent illimités, leur développement encore plus. Ce sont ces conditions qui ont permis le développement des idéaux transhumanistes dans le monde, et qui d’un autre côté, permettent de croire en un possible accomplissement d’un être transhumain. Toutefois, cet article n’en présente que certains traits, et n’a pas été l’objet de leur développement en profondeur. 

Conclusion

Par ses aspirations, le transhumanisme en appelle à un nouvel homme, qu’il soit « modifié » ou « amélioré » ou encore « augmenté ». L’appellation de l’être transhumain diffère selon les auteurs. En effet, certains parlent de la création d’un «  ultra-humain  » (Pierre Teilhard de Chardin), d’un « néo-humain » (Michel Houellebecq), d’un « surhumain » (Jean Rostand), du « trans-humain », de l’« homme-robot », de l’« homme des machines » (Georges Bernanos), ou de l’« homme fluidique » (Paul Otlet).  D’autres parlent d’un « homo-deus », ou encore une « néo-entité » selon Miklos Lukacs de Pereny. Tout ceci, comme nous l’avons vu, n’est qu’une étape vers l’accomplissement de l’être proprement dit, le posthumain. Ce nouvel homme qui ne sera possible que grâce aux avancées toujours croissantes des NBIC, ainsi que le développement exponentiel de l’intelligence artificielle. 

L’avènement de ces idées n’auraient pas été possible, d’une part, sans les idées véhiculées au niveau de la pensée occidentale, liées à la définition du projet moderne, d’autre part, sans les découvertes scientifiques relatives aux différentes révolutions scientifiques amorcées depuis le XVIIe siècle et enfin, sans les idées héritées du christianisme.

Augmenter les capacités physiques, et intellectuelles de l’être humain, vaincre la mort ou dans une certaine mesure « contrôler la mort », arracher définitivement l’humain « à la loterie de la nature », éliminer la souffrance, les maladies, et le vieillissement, ou mieux, libérer l’homme des contraintes naturelles, sont des promesses professées par le transhumanisme. L’homme sera à même de devenir un dieu ou Dieu. Les idéaux transhumanistes promettent un être nouveau dans un monde qui ne cesse de changer de plus en plus rapide face aux développements accélérés de la science et la technologie. Cependant, il a lieu de se demander, qu’adviendra-t-il de l’humanité dans un monde peuplé de transhumains ? Comment se fera alors le passage d’un monde peuplé d’humains à un monde habité par des transhumains ? Enfin, si le transhumanisme pose des problèmes anthropologiques, alors, nous nous demandons, qu’est-ce qu’un Homme ? 

Références bibliographiques :

Olivier Aïm et Stéphane Billiet.  Communication. Paris : Dunod, 2015.

Breizh-info,Transhumanisme. « La grande guerre du XXIe siècle est la guerre anthropologique ». Entretien avec Miklos Lukacs. [En ligne], mis en ligne le 04 avril 2023, consulté le 10 juin 2023, https://www.breizh-info.com/2023/04/04/217994/transhumanisme-la-grande-guerre-du-xxie-siecle-est-la-guerre-anthropologique-entretien-avec-miklos-lukacs/

FRÉDÉRIC, Cassiani-Laurin. La singularité transhumaniste comme mythe eschatologique contemporain : L'utopie technologique en tant qu'achèvement du projet moderne, [Mémoire en maîtrise, Université du Québec], 2018.

LAURENT, Alexandre. La guerre des intelligences : Intelligence artificielle versus Intelligence humaine. Paris : JC Lattès, 2017.

LE DÉVÉDEC, Nicolas. La société de l'amélioration. Le renversement de la perfectibilité humaine, de l'humanisme des Lumières à l'humain augmenté. [Thèse de doctorat, Université de Montréal et Université de Rennes 1], 2013, 351 pages.

LE DÉVÉDEC Nicolas et Fany GUIS, « l’humain augmenté, un enjeu social », dans La critique du transhumanisme. Dossier réalisé en 2012,  2012, p. 69.

MORIN Serge et VINH-DE Nguyen. L’être humain : thèmes et conceptions. Québec : Éditions du Renouveau Pédagogique, 2000.